vendredi 14 juin 2019

Savoir lire le présent


La mondialisation économique que nous vivons aujourd'hui est la déclinaison tactique, pas à pas, par les décideurs politiques, d'une stratégie de confiscation de toutes les richesses collectives par ceux qui en possèdent déjà plus de la moitié ; stratégie élaborée par l'école Autrichienne (Hayek, Von Mises, Rothbard) et mise en œuvre aux USA sous la présidence de Nixon (fin de la convertibilité dollar-or) et poursuivie depuis par les Républicains comme par les Démocrates (Clinton : fin de la séparation banque d'affaire-banques de dépôts). Reagan et Thatcher furent les instigateurs de la mondialisation de ce projet. Macron n'est, en France, qu'un accélérateur de cette stratégie, qui s'écrasera contre deux murs.
Il s'agit d'une stratégie politique mondiale visant à défaire la puissance des États et des lois nationales pour lui substituer, au niveau planétaire, la seule loi du "marché" et la seule puissance des entreprises multinationales, par le commerce.
On peut voir très clairement cette stratégie mise en œuvre par la Commission européenne, dans sa volonté d'aboutir tôt ou tard à un (faux) état fédéral, dont les nations deviendraient de simples provinces : ce qui était un marché commun doit devenir un marché unique ; pour cela, les législations nationales doivent, non pas s'harmoniser, mais disparaître au profit de lois supranationales, hors démocratie.
L'exemple du CETA et du TAFTA sont la preuve, parmi d'autres, que c'est le seul "marché" qui décide désormais des politiques publiques, nationales et internationales.
Et le citoyen, là-dedans ? L'école Autrichienne a toujours considéré la démocratie non comme un but mais comme un moyen : nous constatons aujourd'hui que le marché a suffisamment établi sa domination pour se passer de la démocratie. Les politiciens ne sont plus que les gardiens et les garants d'une population maintenue en capacité de travailler, pour nourrir, voire distraire, la caste dirigeante. Comme le disait un grand compositeur américain : "la politique, c'est le département divertissement du complexe militaro-industriel".
Nous sommes donc parvenus à un régime très similaire à celui dont rêvait la jeune bourgeoisie d'entreprise au XIXe siècle : un réservoir pléthorique de main d'œuvre, pauvre, peu instruit et corvéable à merci, maintenu en capacité de produire par une classe très minoritaire mais très opulente, ayant confisqué à son profit toutes les richesses matérielles, culturelles et symboliques disponibles.
Voilà la photo instantanée de nos sociétés libérales avancées.
Mais "tout ce qui existe mérite de finir" disait Hegel, et le capitalisme triomphant ne fera pas exception : un obstacle l'attend constitué de deux couches de matériaux durs qu'il n'est pas en capacité de briser, de corrompre, de maîtriser ni d'influencer.

• Le mur de l'argent, qu'aucune armée ne saura défendre quand la confiance en la monnaie - et donc dans les dirigeants - aura disparu, suite à la prochaine crise bancaire, insurmontable dans le cadre politique actuel.

• Le mur de la biodiversité - la Terre est UN écosystème - qui touchera rapidement l'existence même de l'espèce humaine, sommée de faire appel à toute sa raison pour survivre, après avoir longtemps cru que des "dieux" (?) lui avaient donné l'usage exclusif d'une planète où elle n'est qu'un maillon de la fragile chaîne biologique : juste le dernier singe apparu au cours de l'évolution !

Nous aurons donc bientôt à décider, ensemble : croire à des bonimenteurs et accepter leur dictature, comme nous l'avons toujours fait jusqu'ici ; ou croire en notre capacité d'auto-organisation collective et tenter une nouvelle organisation sociale par la démocratie directe.

Dans les deux cas, mon conseil : achetez-vous vite un beau lopin de terre où vous pourrez cultiver votre jardin.

jeudi 29 novembre 2018

Le lent naufrage de la marchandise



C'est au cours de la dernière décennie que l'arnaque s'est révélée en pleine lumière dans le paysage politique français. Sa première occurrence médiatique fut l'œuvre de Laurence Parisot alors patronne des patrons, dans une interview donnée au "Monde". Elle indiquait très clairement qu'il fallait en finir avec un certain modèle économique qui ne générait plus de croissance, et passer à "une autre économie".

La seconde occurrence fut l'annonce officielle de la mise en oeuvre du projet patronal par le premier président de la République qui n'osa pas tenter un second mandat, son bilan se taisant pour lui.

Cette arnaque, comme souvent en matière économique, venait des USA où elle avait connu son heure de gloire avec l'avènement d'un acteur, non pas à Hollywood où sa médiocrité n'était pas mise en doute, mais à Washington d'où elle pourrait bientôt rayonner sur le monde !

L'économie est assez généralement définie comme "l'ensemble des moyens de production et d'échanges des biens et des services permettant la satisfaction des besoins humains". On peut dire également que c'est "l'histoire de l'humanité vue sous l'angle de la satisfaction de ses besoins". 

Mais il s'est alors trouvé, lors de ces décennies passées,  que la satisfaction des besoins humains ne produisait pas suffisamment de croissance pour, rapidement et d'un même mouvement, gaver les nantis et détruire la nature ! 

Il fallait donc inverser l'équation et décider que le but de l'économie n'était plus de satisfaire des besoins, mais d'écouler des productions : il fallait passer d'une économie de la demande - qui tendait à rester stable - à une économie de l'offre - qui offrirait une croissance infinie et la transformation de la Terre, nécessaire, en marchandises, contingentes !

Plutôt qu'attendre l'émergence des besoins, on allait produire des biens et des services, puis en susciter l'achat par le marketing, la publicité, l'hypnose, la peur, le lavage de cerveau, l'intimidation... (les techniques sont multiples et les media omnipotents.)

Le président pusillanime fit une synthèse habile en proposant une "politique de l'offre", c'est à dire un package sous blister de la production de marchandises combinée au gouvernement du pays, où ni le consommateur ni le citoyen n'aurait plus aucune part à prendre : on venait de leur expliquer à tous deux, limpidement, qu'on se foutrait désormais de leur opinion !

Nous commençons aujourd'hui à percevoir toute la finesse de l'opération, poursuivie et amplifiée par Emmanuel Macron, accompagnée des résultats merveilleux qu'il était loisible d'en attendre : la paupérisation des classes exploitées, l'explosion nucléaire des inégalités, la dégradation irréversible de l'environnement, et le peuple qui prépare son insurrection...

Croire qu'un acteur de western médiocres était capable de conduire l'humanité sur la voie d'une prospérité sans fin est une illustration éblouissante de ce dont sont capables les économistes : entraîner l'espèce humaine à la destruction. 

Marx l'avait d'ailleurs annoncé de manière plus concise : "l'économie politique est le reniement achevé de l'Homme".





mercredi 14 novembre 2018

La tectonique des classes



Eût-il accepté de lâcher quelques pouces du pouvoir, Louis XVI pouvait conserver la tête du pays et par conséquent la sienne.

Mais cela lui fut impossible, prisonnier qu'il était du dogme catho-monarchique, lui, l'élu  de Dieu sur Terre. Pour n'avoir pas été plus souple face à la grogne, à la vindicte, puis à la haine qui montait du peuple, des gueux qui ne voulaient qu'une constitution ont fini par exiger la république ; et sa tête.

Deux siècles après les Deo-monarchistes, les libéro-Macronistes font aujourd'hui la même erreur : il s'entêtent quand il faudrait reculer, s'arc-boutent quand il faudrait plier, ils persistent quand tout leur montre qu'ils sont dans l'erreur ! Ils passent outre, oubliant qu'ils ne sont gonflés que de leur propre  suffisance.

Subiront-ils le même sort que la noblesse d'ancien régime ? Il est tentant de le croire tant les mêmes causes produisent les mêmes effets : faire une pause, faire un pas, faire un geste pouvait éviter le glissement vers la Terreur. Le roi ne l'a pas voulu, certain qu'il était de son absolu "droit divin".

Macron ne le veut pas non plus : héritier d'un libéralisme tout aussi absolu, élu du Marché, égal de Jupiter, il croit son destin gravé dans l'or de la BCE. Il ne peut pas échouer puisqu'il ne réussit rien ; il a raison puisque tout indique qu'il se trompe ! Il sera vainqueur puisque le peuple veut sa défaite...

Les grands bourgeois, les aristocrates — de charge, de naissance, de mérite — croient toujours que leur bonne fortune est une grâce qui brille sur leur front parce que des fées se sont penchées sur leur berceau. Qu'en quelque sorte, ils sont bénis. Que les anges du business les protègent.

Ils ignorent, ou ne veulent pas voir, que les sociétés humaines sont des océans furieux de magma en fusion sur lesquels sont ballottées des classes sociales antagonistes, toujours en sursis, qui s'entrechoquent parfois jusqu'au naufrage.

Une "tectonique" des classes, en tout point semblable à celle qui permit à Wegener de comprendre les tremblements de terre, les tsunamis, le surgissement des chaines de montagnes ; les éruptions volcaniques.

En temps normal, dans une société apaisée, où sont ensemble possibles le dialogue et la promotion sociale, ces classes tectoniques se font face mais ne s'affrontent pas : elles s'ajustent et, quand à cause d'aspérités inattendues, elles s'accrochent, elles utilisent  les vertus médicinales d'un onguent apaisant qui a fait ses preuves : la négociation.
Après tout, dans ces sociétés, c'est le peuple qui gouverne : il est donc légitime à se révolter si ses représentants le conduisent vers l'abime.

Macron ne négociera pas. Il donnera des ordres et viendra à la télévision nous dire ce qu'il en pense. Ce qu'il pense de nous. De notre bêtise ; de notre incapacité à comprendre son génie, à deviner le monde merveilleux qu'il construit. Pour lui, et pour le Marché. Uniquement.

Donc, les classes vont s'affronter, une fois encore. La classe minoritaire, savante, structurée, fera bloc et ne cédera pas un pouce face à la multitude, indolente, velléitaire, anarchique, qui poussera, poussera, et peu à peu se constituera, s'agglomérera, se solidifiera, pour finalement pulvériser dans un puissant séisme le mur de privilèges qui l'empêchait d'avancer.
(La classe la moins nombreuse disparaîtra dans les tréfonds de son entêtement. Ce que fera ensuite l'autre classe dépendra de sa propre lecture de l'histoire : un nouveau système de domination, une société sans classes ?)

Cette scène s'est déjà produite, plusieurs fois, au cours de l'histoire ! Et si l'on veut éviter un carnage, une nouvelle terreur, la tête d'un Monarc au bout d'une pique — ou bien le retour à l'ordre moral Deo-monarchiste ! — il serait bon que tout le monde revienne, rapidement, à des raisonnements plus démocratiques ; plutôt qu'à des sentiments plus chrétiens.



jeudi 26 juillet 2018

Vous n'êtes pas obligés de me croire...


Vous n'êtes évidemment pas obligés de me croire, je suis un très mauvais pronostiqueur, en foot comme en politique. 
Mais ce coup là, je l'avais vu arriver.
Les circonstances particulières de ma vie personnelle n'y étaient sans doute pas étrangères : j'était amoureux d'une autre, ma femme avait une liaison, et nous nous préparions, alors que j'approchais de la soixantaine, à mon premier divorce ; deux enfants, trente ans de vie commune. J'envisageais également de quitter le Parti socialiste, qui n'était déjà plus un parti si jamais il avait été socialiste...
Bref, une configuration nouvelle, une projection dans un avenir inattendu, une tournure d'esprit soudain rafraichie.
Et un contexte politique étrange : un président duquel j'avais en 2014 annoncé la chute vers les oubliettes (Hollande, le pays bas).

Mais celui dont il est ici question, c'est bien évidemment de son successeur, Emmanuel Macron.


Quand je l'avais vu pointer son museau, pressenti par Hollande pour succéder à Montebourg, j'avais flairé l'embrouille : un secrétaire général de l'Élysée, jeune, falot, sans fief électoral, bombardé à Bercy, ça sentait trop fort la mise en orbite. Quelques semaines plus tard, un happening médiatique montrait Hollande couvant son petit protégé, et ne tarissant pas d'éloges...

C'est là que ça a fait "Tilt" ! Je me suis dit "tiens, il prépare son plan B !" Une jolie marionnette, sans talent politique, capable d'obéir, qui lui devra son ascension : Hollande se prépare à ne pas se représenter, en cas de sondages désastreux ; et à mettre un ventriloque à sa place.

Et puis immédiatement, j'ai pensé : "C'est trop gros, ça va se voir, les media vont désamorcer le pétard illico !"
Pas un mot, pas un bruit. Toute la classe médiatique a fait silence. Ils ont regardé ailleurs. 

Ils savaient...

Et à ce moment, probablement à cause de ma situation nouvelle, j'ai pensé différemment. 

Et je me suis souvenu de cette phrase de Frank Zappa, un compositeur américain : "La politique, c'est le département divertissement du complexe militaro-industriel".
Hollande ne décidait de rien. Le petit banquier lui avait été imposé par la grande banque. Si les indices du président ne s'arrangeaient pas, on lui dirait de laisser la place, les enjeux étaient trop importants et il n'était pas de taille : il n'était ni capitaine d'industrie, ni gestionnaire de fonds, ni milliardaire ! 
Si pour la population Hollande apparaissait comme une étoile brillante du firmament politique, pour les décideurs du casino mondial il n'était qu'un vague croupier, pas même un directeur des jeux ! 


Je n'ai pas pensé "complot" ou "conspiration", je me suis dit : "ces gens protègent leurs intérêts, ils mettent des gens de confiance aux postes de décision de la banque, de la politique et des media". 
Tout plutôt que la gauche et la fin de leur domination.

À partir de là, le théâtre s'est mis En Marche. On a monté les curseurs media de Le Pen et Macron, bousculé ceux de Hamon et Mélenchon, torpillé Fillon... Et les banquiers ont mis un des leurs dans le fauteuil de l'Élysée !

Seulement, leur inculture politique n'avait pas anticipé l'attitude de sale gosse parvenu du nouveau président, qui entendait bien montrer à tous qui il était : un sale gosse parvenu.


La crise politique actuelle trouve ses racines dans l'ascension trop rapide d'une mauvaise graine, dans les calculs un brin foireux des maîtres de l'économie mondiale : la politique, ce n'est pas QUE du show-business. Il y a des peuples derrière, des citoyens, des forces sociales en interactions, une Histoire.

Et ça, ça n'apparait pas sur leurs bilans comptables.




lundi 8 janvier 2018

Pour en finir avec le complotisme.



Pendant des décennies sinon des siècles, la "théorie du complot" a largement failli à expliquer les aléas du monde, quand tant d'autres explications, militaires, économiques, sociales, techniques, "sociétales", offraient aux événements une grille de lecture mieux adaptée et plus conforme aux évolutions que chacun pouvait constater.



Cette fameuse "théorie du complot", réactionnaire, fut à juste titre réfutée, ridiculisée et réservée aux pauvres en esprit - auxquels, comme on le sait, "le royaume des cieux appartient". Imaginer une conspiration internationale d'hommes en noir, tirant les ficelles d'un théâtre de marionnettes pour amuser la multitude et la détourner des véritables affaires du monde, était une rêverie d'esprits malades ou de dégénérés abâtardis, jaloux de quelques belles réussites ou aigris de leur trop nombreux échecs : des ratés, en quelque sorte.

Que quelques philosophes et penseurs élaborent des théories expliquant par la simple politique des échanges de produits concurrents, la richesse des nations et leur mouvement vers le progrès fut un temps satisfaisant. Les deux guerres mondiales du XXe siècle, qui ont vu l'effondrement de nombreuses illusions, ont pu raviver la paranoïa du conspirationnisme, notamment après l'avènement du communisme et l'instauration de la guerre froide : Mac Carthy et Edgar Hoover - ils n'étaient pas les seuls - voyaient des complots communistes absolument partout ! Or il y en avait fort peu.

Avec la paix retrouvée, le théorie économique et quelques sociologues permirent à nouveau d'évacuer cette chimère délirante, qui ne revint sur le devant de la scène qu'avec l'irruption de l'âge digital et de la "toile d'araignée mondiale" : l'Internet. On doit aux auteurs d'anticipation et de politique-fiction l'essentiel de cette résurgence : ils ont compris très vite quelle tyrannie du contrôle ce nouvel outil  numérique était en mesure de fournir aux pouvoirs politiques. Et il semble qu'ils ne se soient pas trompés.

Parce qu'il ne faut surtout pas croire que ce qui fut absurde par le passé soit condamné à le rester toujours ! L'histoire est constellée de pensées farfelues ou ineptes devenues avec le temps des certitudes indépassables ; de la terre plate à l'héliocentrisme, de l'atomisme Lucrécien à la mécanique ondulatoire de de Broglie (d'abord raillée comme une "comédie française"... mais qui lui valut le Nobel de physique), de la théorie de l'évolution à celle des germes pathogènes microscopiques...

Hélas oui, aujourd'hui, tout est en place pour faire de la théorie du complot une explication satisfaisante de la folle course de ce monde vers l'abîme : l'internet et la cryptographie numérique ; l'accumulation de plus en plus de richesses et de pouvoirs en de moins en moins de mains ; le contrôle de chaque individu par le programme "Echelon" et le traitement des "big-data" ; une mondialisation économique qui standardise la politique des états et le consumérisme des individus ; enfin la télévision et les media, propriétés quelques milliardaires, qui diffusent toujours et partout le même message hypnotique : "travaillez, fermez-la, on s'occupe du reste". Ce "complot" n'est finalement que la défense bien comprise des intérêts d'une caste qui risquerait de perdre la tête si elle perdait le pouvoir...

Il est tout aussi stupide de voir des complots partout que de n'en discerner nulle part ; à l'heure où l'impunité des conspirateurs leur permet même de montrer en pleine lumière leurs véritables objectifs et leurs méthodes ignobles, sans aucun risque de les compromettre. Il s'agit simplement de maintenir l'asservissement d'une masse de pauvres afin qu'elle continue de produire la vie rêvée d'une minorité de riches.  Rien d'autre. Ce que Debord avait d'ailleurs fort bien théorisé à la fin des années 80 : "Autrefois, on ne conspirait jamais que contre un ordre établi. Aujourd’hui, conspirer en sa faveur est un nouveau métier en grand développement. Sous la domination spectaculaire, on conspire pour la maintenir, et pour assurer ce qu’elle seule pourra appeler sa bonne marche."

La "bonne marche", la finalité de ce complot, auquel nous participons chacun à notre place, consiste à transformer ce monde en marchandises, les marchandises en monnaie, la monnaie en colonnes de chiffres.

Si ce projet ne vous convient pas, il est peut-être temps de réagir...

mercredi 26 juillet 2017

La dette ?.. Quelle dette ?

C'est une logique que tout le monde peut comprendre : la France est endettée et pour rembourser sa dette, il lui faut soit augmenter les impôts, soit réduire les dépenses publiques.

Le raisonnement parait imparable, d'autant plus quand il prend la forme d'un syllogisme :
• La France est endettée
• or elle doit rembourser sa dette
• donc elle doit réduire son train de vie
Imparable, on vous dit.

Mais là, une autre logique, moins formelle peut-être, entre en jeu : la logique empirique, quasi-scientifique puisqu'issue de l'expérience. Et que dit-elle, cette logique empirique ? 
"ON NE POURRA PAS REMBOURSER CETTE DETTE." 
Et de nombreux économistes, pour ne pas dire tous, sont d'accord sur ce constat : cette dette n'est pas remboursable en principal, seulement en intérêts. C'est à dire ? Que parvenue à 100% des richesses produites par la France en un an (le PIB), la dette, comme Achille avec la tortue, est devenue irrattrapable, puisqu'il faut continuer à l'accroître pour en rembourser seulement les intérêts : le paradoxe de Zénon contre le syllogisme de Socrate !


Maintenant, raisonnons par l'absurde : imaginons que nous devions rembourser intégralement cette dette auprès de nos créanciers le plus vite possible. 
Comment l'État pourrait-il rembourser rapidement deux mille deux cent vingt cinq milliards d'euros, sachant que son budget est d'environ trois cent quatre-vingt milliards ?.. Une division toute bête : 2225 / 380 : il faudrait que le budget de l'État soit versé aux créanciers en intégralité pendant presque six ans. En considérant bien sûr que pendant ces six années le PIB reste à peu près inchangé, donc les recettes de l'État également.

C'est là que le bât blesse.

Si le budget de l'État ne rembourse que la dette, il ne fait rien d'autre pendant six ans ! Pas d'investissements, pas d'infrastructures, pas de salaire aux fonctionnaires (5,4 millions d'employés...), pas de dotations aux collectivités, pas de subventions aux entreprises, pas un sou d'indemnité aux élus...

Impossible de créer la moindre richesse avec une telle saignée. Donc les recettes choient, dès les premiers mois de la première année, et on retrouve le serpent de mer plus venimeux encore qu'auparavant : dette irremboursable... puisque le pays est exsangue, à genoux, ruiné !
Aujourd'hui les politiques disent "oui, la situation est tendue, c'est pourquoi nous devons jouer finement sur les curseurs." En jouant "finement sur les curseurs", c'est à dire en remboursant 45 milliards d'intérêts par an, il faudrait 50 ans pour rembourser... si on ne continuait pas à emprunter chaque semaine.  
Or, chaque jour, la France continue d'accroître la dette à raison de 2665 euros PAR SECONDE !
Et la majeure partie de la dette actuelle est constituée des intérêts que l’État a versé annuellement au titre de sa dette depuis 1979 ! Donc la spirale, par quel que bout qu'on la prenne, est quasi infinie.




"Mais", me direz-vous, "si on ne peut pas rembourser, pourquoi faire semblant ?" C'est très simple.
Parce que ça permet aux banques de s'enrichir (elles prêtent à taux bas, mais à taux quand même), ça permet aux livres de comptes d'être équilibrés, et surtout... ça permet aux gouvernements de pressurer les citoyens ! De les culpabiliser ; de leur faire cracher le peu qu'ils gagnent ; de continuer à faire travailler 99% des gens pour enrichir les 1% les plus riches...
De prolonger le "système de domination".

La dette est donc un leurre. 
De nature politique et non économique. Nécessaire pour que les privilégiés conservent leur mode vie somptuaire. Mis en place par les propriétaires de la monnaie (les banques, les investisseurs, les quelques 8000 personnes qui possèdent 80% des richesses du monde) avec la complicité de leurs obligés, les politiciens et les media.

Tant que les gouvernants diront "il faut réduire les services publics parce que notre dette s'accroît", ils vous diront en face qu'ils se moquent de vos problèmes, de votre santé, de l'éducation de vos enfants. Que ce qui compte, c'est d'enrichir les riches.
Mais eux, ils n'ont pas vos problèmes : ils n'utilisent pas les services publics !

Un peuple d'Europe a récemment répudié sa dette, presque intégralement. 
Il en a également profité pour virer sa classe politique, rédiger une nouvelle Constitution et mettre quelques banquiers en prison. 
C'est le pays d'Europe qui est le plus vite sorti de la crise de 2008 : son taux de croissance, au dernier trimestre 2016, était de 11,3%. ONZE VIRGULE TROIS !..
En outre, c'est un pays souverain qui a dit "non" à l'€uro et à l'U.E.

À mon humble avis, c'est peut-être un exemple que nous devrions suivre...

samedi 20 mai 2017

Que se passe-t-il ?

Difficile de comprendre ce qui se passe actuellement en France sans regarder l'évolution récente de la planète : la mondialisation économique est terminée, elle a montré ses lacunes immenses et ceux qui en ont éhontément profité cherchent à maximiser leurs gains.

Cette caste multinationale, qui décide de tout et gouverne partout, a finalement compris une chose : "tout ce qui existe mérite de périr" (Hegel). D'abord à cause de la crise des ressources humaines et naturelles qui s'épuisent ; ensuite à cause de la concentration confiscatoire des richesses dans un très petit nombre de mains : l'injustice sociale, et l'insécurité qu'elle génère.
Il faut donc, vite, se mettre à l'abri.

Il sera difficile de s'abriter du dérèglement climatique, grandement dû à la dérégulation du droit économique, mais déjà, certains s'y emploient : la caste mondialisée et apatride se cherche des sanctuaires protégés de la météo et des simples mortels : "la seule patrie des riches, c'est l'argent", dit-on. Ils iront donc vivre là où se trouve leur trésor, aux Bahamas, au Panama, à Singapour... À Cuba !

Mais tous ont bien conscience que leurs jours en tant que maîtres sont sans doute comptés. Il veulent, discrètement, filer avec le magot, s'exfiltrer en douce vers les paradis fiscaux qu'ils ont bâtis sous les tropiques, à l'écart du droit, des pauvres et des pollutions diverses.

C'est pour cela qu'on assiste actuellement en France à une "fire-sale", cette grande braderie des valeurs morales et des principes politiques. Il n'y a plus de gauche ni de droite dans un avion qui tombe : il y a les membres de l'équipage et de la classe "affaires", qui ont un parachute, et les passagers qui n'en ont pas. Les premiers suivent le commandant pendant que les seconds hurlent de terreur :
voilà le résultat de l'élection présidentielle.

Beaucoup de passagers, croyant comprendre ce qui se joue et voulant en être, suivront comme des moutons les membres d'équipage, malgré l'absence de parachute :
voilà le résultat des législatives !
La désillusion sera proportionnelle à la hauteur de la chute.

Pendant que cette caste tente de faire durer son bon plaisir, d'autres forces sociales s'organisent pour préparer la survie, sans chefs et sans argent. Mais les maîtres leur auront laissé une police et une armée bien équipées pour éviter que "le peuple se découvre en tant que classe dominante".

Parce que pour continuer à faire travailler les pauvres, malgré la perte cruelle de toutes leurs illusions, il faudra bien finir par utiliser la force !